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Ecrire sans but, comme on se promène en flanant parmi les arbres.
Ecrire comme on respire, parce que c'est vital.
Ecrire en riant, en souriant, en soupirant, en pleurant. Ecrire sur tous les tons.
Ecrire dès qu'on le peut, comme un besoin irrépressible, comme une drogue.
Je suis accro aux mots, dépendante de cet acte mystérieux qui transforme des signes en sens.
Mais quelle douce drogue que celle-ci, et ô combien bon marché !
Disperser des rimes à tout vent
Pêcher des métaphores d'océan
Et des vers de rivière
Bîner des phrases avec entrain
Pour éliminer les pousses de fautes
Arranger avec soin les formules
Dans des vases de grammaire
Recueillir avec délicatesse
L'inspiration du matin
Pour en extraire lentement
Le suc le plus délicat
Première pression à froid
De poèmes de l'année
Bienvenue dans le jardin
Des écrivains lutins
Ou mutins ?
Malins !
à la saveur de noisette
flamboyants de couleurs d'érable
ors, rouges, orangés hésitants
à cheval entre deux mondes
des mots de poèmes
entre chansons d'été et contes d'hiver
Je veux des mots en ballade
joueurs, rieurs, insouciants,
et soudain graves des frimas s'annonçants
des mots à peine givrés
que le soleil tendrement réconforte
Je veux des mots subtils
pour s'infiltrer dans les âmes
et réchauffer leurs tréfonds
face à l'arrivée de la nuit et du froid
Je veux des mots de veillées
qui pétillent et craquent comme le bois
qui embaument comme l'orange et la girofle
des mots d'automne
pour toi
L'écran blanc, même pas blanc. La page, elle, est vraiment blanche, vierge. L'écran est déjà empli de signes, d'images, seul demeure un petit carré blanc où inscrire les lettres, les signes sacrés où s'incarne l'inspiration. Ce n'est pas plus simple d'écrire sur un clavier qu'avec un stylo, c'est plus juste plus bruyant. Du moins avec mon clavier... C'est moins sensuel en tout cas, je pense que vous serez d'accord avec moi sur ce point.
Le temps retrouvé se savoure avec délice. Le sommeil de l'enfant est un vrai bonheur, le calme, deux fois par jour, pour une heure au moins ! Il faut vraiment savoir en profiter... La seule difficulté, c'est que l'envie de mots ne se planifie pas. Je me demande cependant si ce n'est pas comme un muscle, si, pour une part au moins, ce n'est pas en écrivant que l'inspiration revient. Qu'en est-il pour vous ?
Silence - le silence scrutateur et éperdu de l’écrivain en mal d’inspiration -, les yeux perdus dans l’abîme de la feuille blanche, désespérée, elle entend peu à peu le silence s’enrouler autour de sa plume et peser sur sa mémoire. Les idées qui se bousculaient autour d’elle, lorsqu’elle dansait sur la montagne, sont restées accrochées dans l’azur du ciel. Tout lui paraissait pourtant si simple alors ; tout s’enchaînait dans une logique sans faille. Peut-être trop d’ailleurs : il a suffit qu’elle laisse échapper un murmure pour que celui-ci entraîne toutes ses pensées dans le vent des hauteurs. Ce souffle qui parcourt le monde gardera pour lui toute l’inspiration et le message si longuement médité au creux d’une caverne, si patiemment élaboré dans le délire de la danse, si souvent hurlé dans le silence des cimes, et devenu insaisissable.
Abandonnant tout espoir de jamais le rattraper, renonçant à toute nouvelle tentative - sans aucun doute tout aussi laborieuse et infructueuse -, elle pose sa plume dans un soupir où se mêlent soulagement et tristesse et entreprend de déchirer cette surface rebelle à son enthousiasme. Elle en fait une montagne de légers flocons de papier qu’elle dispose dans la coupe de ses mains jointes. Elle se met debout et frissonne au contact de l’herbe humide en rejoignant le cours d’eau. Portant ses mains au-dessus des flots, elle souffle sur ce symbole palpable de son incapacité à s’exprimer, qui disparaît rapidement dans le courant rapide. Elle baisse les bras, son regard s’essaye un moment à saisir l’incessant mouvement de l’eau, enfin elle s’allonge avec délice dans un lit profond de mousse imprégnée d’eau glacée. Un froid intense l’envahit, anesthésiant ses pensées, ses passions. Elle fixe longuement l’azur estival, presque blanc de lumière, puis abaisse, entre elle et lui, l’absolu de ses paupières.
Son regard hésite un instant au seuil de son esprit, mais elle ouvre les yeux à l’intérieur d’elle-même ; il doit plonger au plus profond de son âme pour contempler le ciel gris d’un hiver mélancolique, où de paresseux moutons de neige promènent leurs contours incertains. Il se met à pleuvoir de gros flocons qui, en tombant dans le ciel, y dessinent de larges taches claires. Bientôt celui-ci est aussi blanc qu’une page déserte. Elle lève la main vers lui, veut crier son amour, sa haine, ses révoltes et ses espoirs, mais ses mots sont happés par une brise sournoise qui s’éloigne dans un rire clair.
Une larme mouille sa paupière et son regard remonte des abîmes pour se poser sur sa main tendue vers le soleil. Elle rit d’un rire nerveux qui s’efforce d’oublier, tout en faisant jouer ses doigts dans la lumière, puis se lève d’un mouvement souple et remonte le cours du torrent jusqu’à une retenue d’eau naturelle. Elle se penche au-dessus du miroir fluide, observe un moment ce Narcisse en puissance, avant de l’embrasser dans un élan d’égocentrisme, baiser glacé qui lui laisse une étrange sensation de paix.