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Elle s'en vient par ici, le sourire aux lèvres. Elle est légère, toute enveloppée de mousseline vert d'eau. Un courant d'air la soutient poliment, l'entraîne vers le plan d'eau, et là elle marche sur la surface unie que pas une ride ne trouble. Substance impalpable de ce corps gracile au reflets irisés, sur elle la pesanteur n'a pas de prise. Elle s'élève en un tourbillon aérien, danse lente et grave aux gestes savants et calculés. Longue chevelure d'argent dans son dos s'anime et s'enroule, formant fleurs et motifs en auréole autour de son visage. Alors peu à peu une onde se forme à l'aplomb de ses pieds, fine vague circulaire qui s'enfuit vers la rive, porteuse d'une magie verte et fraîche. Et bientôt, frappant délicatement les touffes d'herbe, les roseaux comme les galets endormis, elle illumine le paysage d'un halo printanier. Au centre du lac, elle étend les bras et dirige de ses doigts les fils de cet enchantement, faisant pousser ici une fleur exotique dont la graine s'était endormie, encourageant là des bourgeons timides à manifester leur enthousiasme. Elle révèle la vie, insuffle l'éclat d'une magie simple. Et soudain elle s'évanouit en une fine bruine qui vient se déposer comme un voile léger et s'infiltre jusqu'au coeur de cette nature délicate, instillant comme une envie de rire.
Elle se tenait au pied du chêne, sous l'ombre bienfaisante du centenaire. Elle sentait la fraîcheur du sable sous la plante de ses pieds, et les rides du lac propageaient jusqu'à elle des ondes fluides et paisibles. L'eau se réveillait peu à peu. Eau du lac, eau qui dort, eau réceptacle. Linwen frémit, le cœur serré d'angoisse : qu'avait-elle fait en éveillant cette onde, tombeau humide au centre de la spirale des bois ? C'était un lieux chargé de puissance, et cela l'avait attirée, mais la profusion végétale faisait écran entre elle et l'Océan. Ce n'était pas là son domaine, bien que ce lieu de puissance relève incontestablement de sa compétence. Elle n'aimait pas ces situations troubles, mais le propre même de l'eau étant de s'infiltrer partout, et de nourrir le végétal, elle devrait s'y faire. Pourtant, elle se sentait faible, loin de sa grotte...
Elle s'éloigna du chêne et ancra ses pieds dans le sable, le contact de cette multitude minérale la rassurant et lui insufflant énergie et confiance. Elle s'accroupit et promena lentement ses doigts ouverts à un pouce de la surface de l'eau, présentant ses paumes perméables à l'influence des profondeurs. Au loin, vers le centre du lac, les rides naissaient à un rythme grandissant, devenant vaguelettes, et bientôt une ébauche de tourbillon se forma. Devant l'imminence de la manifestation, Lin se leva brusquement, arracha le fin voile bleu qui la recouvrait, et bondit en un saut incroyable, une courbe gracieuce et lente qui l'amena à l'aplomb du geyser au moment exact où il jaillit du tourbillon. Son corps translucide et gracile, aux membres allongées en des ondulations impossibles, fut momentanément masqué par le mur d'eau hurlante, puis tout cessa. Dans l'instant. La surface du lac était à peine soulevée de quelques rides éparses, qui moururent bientôt. Seul le tissu déchiré couleur de myosotis témoignait du passage de Linwen, et encore commença-t-il peu à peu à se dissoudre en une fine rosée sur les buissons de myrtilles au-delà de la courte plage.
Cependant,
au cœur du lac, là où la lumière parvient à grand'peine à dissiper les
ombres même quand le soleil passe à la verticale du lac, des
ondulations plus claires déchiraient le bleu sombre, des ondulations
lentes dessinant une corolle bouclée autour d'un centre d'abord
translucide, puis qui s'éclaira progressivement. Et bientôt, dans
ce globe de lumière se dessinèrent deux grands disques d'océan mêlé
d'algues reflétant le ciel nuageux. La Renaissance commençait.