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Doucement part la ligne vers l'horizon, doucement souffle la couleur, enrobe les contours et dissimule les traits.
Tendrement glisse le pinceau, tendrement marque la craie, dépose les pigments et révèle le grain.
Peint ou dessine, eau ou matière, sur la toile ou sur la feuille ; un monde se révèle quelle que soit la voie que choisit le créateur.
Merci Lyriann.
Elle marche doucement dans le blanc de la feuille. Elle s'interroge sur le vide alentour, évite soigneusement les lignes de la marge qui creusent un sillon rouge sur chaque page, pose avec lenteur, l'un après l'autre, ses pas sur la cellulose tendre, d'un blanc cassé presqu'ivoire.
Bientôt, elle s'étend paresseusement en travers du vide et laisse ses pensées s'envoler. Papillons légers, aux antennes fragiles, sensibles. Se posent délicatement, battent l'air de leurs ailes pastels et laissent tomber une poudre fine de couleurs mélangées. Autour de sa chevelure abandonnée, paraissent bientôt des taches multicolores, fluctuant au gré de sa respiration tranquille. Les papillons ornent son front et ses mains, sagement posés, bientôt endormis.
Elle aussi, elle sombre, et ses rêves s'égaient, nuée d'abeilles bourdonnantes qui viennent butiner le pollen coloré qui l'environne. Elle sourit, et les abeilles s'en vont au loin, transportant sur leurs pattes le miel de sa conscience, l'essence de son être offert au monde. Dans son sommeil, la petite fée irradie et lorsqu'elle se lève, le peu de ses pensées qui était resté autour d'elle s'est incrusté dans le papier en cuisant. Elle laisse ainsi en s'envolant une ombre légère sur la surface blanche qui dessine le contour délicat de son corps subtil.
Elle s'étonne encore de l'alchimie étrange qu'a produit sur elle cet endroit étrange. Jamais elle n'avait autant livré d'elle-même et jamais elle n'avait laissé une telle trace... Elle reste perplexe devant la magie diffuse de cette feuille vierge, qui a ouvert son coeur comme nulle autre. Elle soupçonne là une influence végétale, mais cette intuition lui paraît absurde, car quel rapport entre un chêne et cette surface blanche et fine ? Pourtant, la sensation de communion est proche, quoique différente, surtout dans son résultat.
Mais c'est une petite fée, et son esprit volage a vite fait de se détourner de ces questions trop profondes pour elle. Elle s'en va rejoindre l'ombrage frais des larges feuilles d'été par-delà la fenêtre ouverte, ne laissant derrière elle qu'un parfum léger et comme une ombre qu'aurait fait un crayon gris léger sur une page blanche...