3 posts tagged “fée”
Elle s'en vient par ici, le sourire aux lèvres. Elle est légère, toute enveloppée de mousseline vert d'eau. Un courant d'air la soutient poliment, l'entraîne vers le plan d'eau, et là elle marche sur la surface unie que pas une ride ne trouble. Substance impalpable de ce corps gracile au reflets irisés, sur elle la pesanteur n'a pas de prise. Elle s'élève en un tourbillon aérien, danse lente et grave aux gestes savants et calculés. Longue chevelure d'argent dans son dos s'anime et s'enroule, formant fleurs et motifs en auréole autour de son visage. Alors peu à peu une onde se forme à l'aplomb de ses pieds, fine vague circulaire qui s'enfuit vers la rive, porteuse d'une magie verte et fraîche. Et bientôt, frappant délicatement les touffes d'herbe, les roseaux comme les galets endormis, elle illumine le paysage d'un halo printanier. Au centre du lac, elle étend les bras et dirige de ses doigts les fils de cet enchantement, faisant pousser ici une fleur exotique dont la graine s'était endormie, encourageant là des bourgeons timides à manifester leur enthousiasme. Elle révèle la vie, insuffle l'éclat d'une magie simple. Et soudain elle s'évanouit en une fine bruine qui vient se déposer comme un voile léger et s'infiltre jusqu'au coeur de cette nature délicate, instillant comme une envie de rire.
Où vont ces fantômes de pas dans la neige ? Creux tendre dans la masse cristalline, ils ne se montrent que par leurs ombres, n’apparaissent que par défaut dans l’immensité blanche. Empreintes à peine esquissées, marques légères dans la profondeur blanche, ils tracent les lignes d’un dessin mystérieux. Nul but autre que le plaisir de cet art pointilliste sans doute. A moins qu’un code subtil, un langage étranger, ne se cache derrière ces figures abstraites à nos yeux profanes.
Rire léger dans l’air froid de ce matin d’hiver, suivi d’un mouvement fluide de voile vaporeux d’un vert tendre de pousse printanière. La jeune fée se déplace avec grâce, tournoie et s’envole, se jouant de la gravité comme du sérieux. Mais derrière elle, nulle trace.
Grommellements caverneux, démarche pesante et encombrée, un nain progresse, barbe tressée en avant et yeux plissés par le vent. Sa lourde charge laisse derrière lui un sillon profond. Mais d’où viennent donc les traces légères ?
D’une ombre, un fumet de présence à peine soupçonnable dans l’air du temps. L’ombre ténue d’un espoir de vie, d’un avenir délicat qui ne pèse encore presque rien dans la balance du destin. Suivons donc ces traces vers un autre temps, moins grave, moins dur, à la douceur de duvet et au parfum de feuille.
Elle marche doucement dans le blanc de la feuille. Elle s'interroge sur le vide alentour, évite soigneusement les lignes de la marge qui creusent un sillon rouge sur chaque page, pose avec lenteur, l'un après l'autre, ses pas sur la cellulose tendre, d'un blanc cassé presqu'ivoire.
Bientôt, elle s'étend paresseusement en travers du vide et laisse ses pensées s'envoler. Papillons légers, aux antennes fragiles, sensibles. Se posent délicatement, battent l'air de leurs ailes pastels et laissent tomber une poudre fine de couleurs mélangées. Autour de sa chevelure abandonnée, paraissent bientôt des taches multicolores, fluctuant au gré de sa respiration tranquille. Les papillons ornent son front et ses mains, sagement posés, bientôt endormis.
Elle aussi, elle sombre, et ses rêves s'égaient, nuée d'abeilles bourdonnantes qui viennent butiner le pollen coloré qui l'environne. Elle sourit, et les abeilles s'en vont au loin, transportant sur leurs pattes le miel de sa conscience, l'essence de son être offert au monde. Dans son sommeil, la petite fée irradie et lorsqu'elle se lève, le peu de ses pensées qui était resté autour d'elle s'est incrusté dans le papier en cuisant. Elle laisse ainsi en s'envolant une ombre légère sur la surface blanche qui dessine le contour délicat de son corps subtil.
Elle s'étonne encore de l'alchimie étrange qu'a produit sur elle cet endroit étrange. Jamais elle n'avait autant livré d'elle-même et jamais elle n'avait laissé une telle trace... Elle reste perplexe devant la magie diffuse de cette feuille vierge, qui a ouvert son coeur comme nulle autre. Elle soupçonne là une influence végétale, mais cette intuition lui paraît absurde, car quel rapport entre un chêne et cette surface blanche et fine ? Pourtant, la sensation de communion est proche, quoique différente, surtout dans son résultat.
Mais c'est une petite fée, et son esprit volage a vite fait de se détourner de ces questions trop profondes pour elle. Elle s'en va rejoindre l'ombrage frais des larges feuilles d'été par-delà la fenêtre ouverte, ne laissant derrière elle qu'un parfum léger et comme une ombre qu'aurait fait un crayon gris léger sur une page blanche...