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Je vous livre ici quelques mots écrits alors que j'étais enceinte de mon petitou :
"Dans les moments d’errance de la vie, il faut savoir laisser son esprit vagabonder par les chemins, sortir des ornières et flâner sans but. C’est ainsi que l’on fait les plus belles découvertes, alors même que l’on croyait se trouver au milieu de nulle part, sans objectif et sans devoir. L’inactivité n’est qu’une façade, quand on sait ne pas se focaliser sur elle. Elle devient alors terreau fertile, humus pour une créativité en gestation. Laissons mijoter dans le silence et la lenteur les futurs soleils, laissons germer les futurs états de conscience éclairés. Dans cette pénombre de l’attente paressent les plus belles graines d’avenir.
Ainsi en est-il pour moi en ce moment, je me sens graine autant que porte-graine, comme si la naissance future de l’enfant était en même temps renaissance de la mère, ou naissance à un nouvel état, une nouvelle vie, où plus rien ne sera comme avant. Cette étoile à venir, cette étoile en germe, déteint sur tout son entourage pour transformer son arbre. Comme je suis impatiente de voir les merveilles qui vont éclore ! Et en même temps, comme cet état d’attente, de construction, est doux et mystérieux…"
Je voudrais honorer aujourd'hui un sentiment qui hante notre société d'hommes pressés. Vécue comme une perte de temps, un manque d'efficacité, elle est mal perçue, voire redoutée. Pourtant, quelle richesse elle recèle, à l'image de la solitude, dont elle est la jumelle damnée aux yeux de tous ceux pour qui le temps, c'est de l'argent.
Il fut un temps, qui n'est pas objectivement si éloigné, mais qui me semble relever d'une autre vie, où elle m'habitait de façon presque douloureuse, alors que je me morfondais dans un lycée de province... Et comme souvent à cette époque, l'intensité de mon mal-être trouva son exutoire dans la créativité de l'écrit.
"L’attente. Immobile et silencieuse, fauve aux aguets, elle nous guette. A tout moment, elle nous frôle, nous enlace de ses longs bras sinueux, larmes indéfinies ou lambeaux de brume. Parfois, elle nous piège et nous retient, pour un long moment de solitude. Alors notre regard anxieux et implorant se tourne vers cette porte qui ne veut pas s’ouvrir, ce voile dense et opaque qui nous cache l’activité du monde et nous isole dans une espérance douloureuse.
Elle s’embusque derrière le téléphone, rendant son silence plus pesant et sa présence plus obsédante. Elle bondit sur les vibrations de la sonnette de la porte d’entrée, avant que nous accueille un rire clair de gamin désœuvré.
Elle sait étirer le Temps et s’infiltre sournoisement entre les lignes du calendrier, ralentissant la succession des jours et transformant les mois en années. Elle s’installe parfois à cheval sur les aiguilles de la pendule, qui n’osent en sa présence bouger d’une seconde, intimidées.
Elle sait alourdir le Vide, le rendre dense et étouffant. En face de nous, les matins solitaires, s’installe sur la chaise inoccupée une présence oppressante, dont nous sentons les yeux nous fixer lorsque nous lui tournons le dos.
L’attente, sœur de la mélancolie, est comme elle la compagne des jours de pluie et des quais de gare. Elle danse dans le vent qui balaie la campagne déserte, joue dans le feu du trappeur. Elle accompagne le facteur qui ne s’arrêtera pas, le téléphone muet et la page blanche."