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Voici longtemps que je n'avais écrit ici. Aléas de la vie qui nous éloignent parfois de nos bonnes résolutions. Quoique écrire signifie plus pour moi aujourd'hui écrire dans un carnet, avec un stylo plume. Quelque chose de concret donc, et non une suite de 0 et de 1 mémorisée quelque part dans un serveur... Sensualité et chaleur de la feuille blanche... Je ne suis plus très fan des instruments électroniques en tous genres. Je n'ai plus de téléphone portable depuis un moment, plus de montre non plus. Et l'ordinateur me laisse froide. Pour les mails une fois par jour, et la vérification du compte en banque aussi. Mais pour le reste, le bourdonnement continu et la lumière blafarde me font fuir... J'en soupe suffisamment au boulot ! Ah, le silence, la lumière des bougies, une tisane, un bon bouquin ou un carnet...
Je rêve aussi d'un bureau à moi, de mon indépendance professionnelle : travailler sur les textes des autres, les aider à accoucher de leur rêve d'écriture ; correction, réécriture, et tout autre niveau d'intervention sur des textes. Mais il me faudrait un minimum de temps pour me lancer et créer un réseau, et pendant ce temps, quid du loyer et des factures ? Il y a là une quadrature du cercle que je n'ai pas encore résolue, mais ça va venir, c'est sûr...
Elle marche doucement dans le blanc de la feuille. Elle s'interroge sur le vide alentour, évite soigneusement les lignes de la marge qui creusent un sillon rouge sur chaque page, pose avec lenteur, l'un après l'autre, ses pas sur la cellulose tendre, d'un blanc cassé presqu'ivoire.
Bientôt, elle s'étend paresseusement en travers du vide et laisse ses pensées s'envoler. Papillons légers, aux antennes fragiles, sensibles. Se posent délicatement, battent l'air de leurs ailes pastels et laissent tomber une poudre fine de couleurs mélangées. Autour de sa chevelure abandonnée, paraissent bientôt des taches multicolores, fluctuant au gré de sa respiration tranquille. Les papillons ornent son front et ses mains, sagement posés, bientôt endormis.
Elle aussi, elle sombre, et ses rêves s'égaient, nuée d'abeilles bourdonnantes qui viennent butiner le pollen coloré qui l'environne. Elle sourit, et les abeilles s'en vont au loin, transportant sur leurs pattes le miel de sa conscience, l'essence de son être offert au monde. Dans son sommeil, la petite fée irradie et lorsqu'elle se lève, le peu de ses pensées qui était resté autour d'elle s'est incrusté dans le papier en cuisant. Elle laisse ainsi en s'envolant une ombre légère sur la surface blanche qui dessine le contour délicat de son corps subtil.
Elle s'étonne encore de l'alchimie étrange qu'a produit sur elle cet endroit étrange. Jamais elle n'avait autant livré d'elle-même et jamais elle n'avait laissé une telle trace... Elle reste perplexe devant la magie diffuse de cette feuille vierge, qui a ouvert son coeur comme nulle autre. Elle soupçonne là une influence végétale, mais cette intuition lui paraît absurde, car quel rapport entre un chêne et cette surface blanche et fine ? Pourtant, la sensation de communion est proche, quoique différente, surtout dans son résultat.
Mais c'est une petite fée, et son esprit volage a vite fait de se détourner de ces questions trop profondes pour elle. Elle s'en va rejoindre l'ombrage frais des larges feuilles d'été par-delà la fenêtre ouverte, ne laissant derrière elle qu'un parfum léger et comme une ombre qu'aurait fait un crayon gris léger sur une page blanche...
L'écran blanc, même pas blanc. La page, elle, est vraiment blanche, vierge. L'écran est déjà empli de signes, d'images, seul demeure un petit carré blanc où inscrire les lettres, les signes sacrés où s'incarne l'inspiration. Ce n'est pas plus simple d'écrire sur un clavier qu'avec un stylo, c'est plus juste plus bruyant. Du moins avec mon clavier... C'est moins sensuel en tout cas, je pense que vous serez d'accord avec moi sur ce point.
Le temps retrouvé se savoure avec délice. Le sommeil de l'enfant est un vrai bonheur, le calme, deux fois par jour, pour une heure au moins ! Il faut vraiment savoir en profiter... La seule difficulté, c'est que l'envie de mots ne se planifie pas. Je me demande cependant si ce n'est pas comme un muscle, si, pour une part au moins, ce n'est pas en écrivant que l'inspiration revient. Qu'en est-il pour vous ?