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Il y a des moments, comme ça, où on a envie de tout envoyer balader, de tout reprendre à zéro. Enfin, pas tout, il y a quand même des personnes que je ne voudrais surtout pas perdre... Je pense à mon homme et à mon petitou bien sûr. Mais pour le reste, je ferais bien un grand ménage dans ma vie pour la mener vers quelque chose qui corresponde plus à mes aspirations. Parce que la maison-cage à lapin, le boulot alimentaire (où l'on envisage du chômage technique pour bientôt, soit dit en passant) et le quotidien boulot/vaisselle/lessive/repassage/télé/dodo (pas de métro dans notre campagne tranquille, donc pas de grève, un sacré avantage en nos temps troublés de crise sociale...), ça commence sérieusement à me sortir par les yeux...
D'un autre côté, d'aucuns diront que nous avons une chance folle d'avoir trouvé tout ça, de pouvoir payer nos factures, d'avoir un toit sur la tête, une chambre pour le petit, et de quoi remplir nos assiettes tous les jours...
Pourtant, je suis vide, lasse et j'appréhende le week-end à venir à rester à la maison, avec le sentiment intense d'un manque d'intensité, avec le coeur rempli de ce vide bizarre qui fait que quand j'arrive à dégager du temps pour moi, je ne sais plus quoi en faire. Pas de projet, où alors des projets qui demandent plus qu'une heure par ci par là entre le repassage et le boulot.
Alors que faire ? Parce que en femme raisonnable, je ne vais pas tout envoyer balader. Mais il faut pourtant trouver une façon de concilier réalité bassemant matérielle et aspiration à l'épanouissement de soi. Je ne suis certainement pas la première à en arriver à cette conclusion alors j'adresse à mes prédécesseurs ce cri du coeur : dites-moi je vous en prie comment vous avez fait !
Tout est vide. Sa tête légère se balance au gré du vent et la brise emporte jusqu’à ses moindres pensées. L’enveloppe vide de son corps est perdue dans l’immensité de l’espace inconnu qui l’entoure. Elle est seule. Elle est vide. Sensations, émotions ont été nettoyées depuis longtemps par les bourrasques purificatrices. Tout est blanc et pur autour d’elle. Une sorte de neige impalpable et fraîche. Fraîche ? Mais alors, toutes les sensations n’ont pas disparu… Ou bien elles reviennent, peu à peu, sur ce terrain vierge, où tout a été remis à neuf. Tout est nouveau, tout est découverte, redécouverte. C’est merveilleux. Sans souvenirs, sans passé, on ne peut que s’émerveiller de ce que l’on découvre. Tout est possible à nouveau, aucun préjugé ne vient perturber le processus délicat de l’appréhension et de l’apprentissage.
Apprenti-sage. Peut-être est-ce là la clef. Elle est une apprentie sage, libérée de son passé et qui redécouvre avec délices et innocence le monde qui l’entoure. Elle savoure chaque moment avec intensité, goûte le présent sans le gâcher par des comparaisons avec un autrefois ou un plus tard. Et aussitôt, elle oublie. Cet éternel présent de la non-mémoire est une expérience insolite et sans fin. Puisque le souvenir n’est plus, le temps s’arrête. Et chaque moment est toujours le premier. Sans commencement, sans durée. Elle s’est échappée subrepticement de la roue du temps. Un observateur extérieur, demeuré dans le domaine du temps, pourrait révéler en effet qu’elle en est arrivé là presque par hasard, par une contorsion de l’esprit un peu étrange et non préméditée. Et désormais, elle en est prisonnière, si l’on peut dire. Une prison si ouverte, où l’idée même de fermeture s’échappe, que le paradoxe est à son comble. Elle ne sait plus d’où elle vient, donc elle ne peut souhaiter y retourner. Sans point de comparaison, le désir et le remord s’effacent. Seule la joie demeure.
La joie est sa demeure, suspendue dans un horizon cotonneux où surviennent puis disparaissent des couleurs et des formes, des paysages et des êtres, toujours nouveaux, toujours surprenants. Nul ennui ne la guette, nulle déception possible. Elle navigue de part et d’autre sans souvenir ni de part, ni d’autre. La même odeur la captive mille fois avec une intensité toujours renouvelée, et suscite mille réactions toujours premières. Le même sentier est une aventure sans cesse nouvelle. Le plus petit lieu peut occuper une infinité temporelle. Il n’y a pas de limites, à rien. Rien ne peut l’enfermer, elle est libre quoi qu’il arrive. Car elle est libre en elle-même, libre du temps et du souvenir.
Où vont ces fantômes de pas dans la neige ? Creux tendre dans la masse cristalline, ils ne se montrent que par leurs ombres, n’apparaissent que par défaut dans l’immensité blanche. Empreintes à peine esquissées, marques légères dans la profondeur blanche, ils tracent les lignes d’un dessin mystérieux. Nul but autre que le plaisir de cet art pointilliste sans doute. A moins qu’un code subtil, un langage étranger, ne se cache derrière ces figures abstraites à nos yeux profanes.
Rire léger dans l’air froid de ce matin d’hiver, suivi d’un mouvement fluide de voile vaporeux d’un vert tendre de pousse printanière. La jeune fée se déplace avec grâce, tournoie et s’envole, se jouant de la gravité comme du sérieux. Mais derrière elle, nulle trace.
Grommellements caverneux, démarche pesante et encombrée, un nain progresse, barbe tressée en avant et yeux plissés par le vent. Sa lourde charge laisse derrière lui un sillon profond. Mais d’où viennent donc les traces légères ?
D’une ombre, un fumet de présence à peine soupçonnable dans l’air du temps. L’ombre ténue d’un espoir de vie, d’un avenir délicat qui ne pèse encore presque rien dans la balance du destin. Suivons donc ces traces vers un autre temps, moins grave, moins dur, à la douceur de duvet et au parfum de feuille.
Quand la fatigue anesthésie notre capacité à nous émerveiller, alors c'est qu'il est temps de réagir. Trouver le temps de se poser, même quelques minutes, pour renouer avec soi-même. Retrouver des plaisirs simples, propres à chacun, qui forment notre jardin secret. Un bain parfumé, quelques rangées de tricot, la confection d'un gâteau (avec ou sans marmaille, au choix), le réconfort d'un tronc d'arbre, ou tant d'autres choses que chacun goûte dans les moments où il se perd... Il ne faut pas négliger le temps que l'on prend pour soi, il nous permet de mieux prendre soin des autres. Ces quelques lignes sont ainsi pour moi le chemin de la rédemption vers un peu plus de sérénité au coeur d'un quotidien où en bonne mère soucieuse de sa famille je trouve toujours une tâche de plus pour emplir mon quotidien au prétexte de bien tenir ma maison. C'est parfois une façon de me fuir, parfois une simple fuite en avant, une sorte d'emballement de la fonction ménagère. Mais il est toujours temps de se retrouver un peu, et non seulement il est temps, mais il est urgent, vital. Quand notre esprit est tourné vers les autres au point que l'on risque de se perdre, il faut songer que cela est dommageable autant pour les autres que pour nous-même, que cette essence qui s'étiole est ce qui est précieux pour nos proches.
L'amour de nous est amour des autres, et inversement, ne l'oubliez jamais.
Je porte en moi la graine de l'avenir, l'étincelle du futur.
Telle un vase s'emplissant d'un nectar d'éternité,
d'un miel de promesses.
Petite étoile en devenir s'éveille, m'éveille et m'émerveille.
Absorbe mon énergie et me confie sa sensibilité naissante.
Doux bercement de la vie qui m'emporte,
tourbillon de la vie qui s'écoule.
Plénitude du plein, certitude du lendemain.
Merveilleuse Mère de ce qui est,
Soutiens la créatrice que je deviens.
Elle marche doucement dans le blanc de la feuille. Elle s'interroge sur le vide alentour, évite soigneusement les lignes de la marge qui creusent un sillon rouge sur chaque page, pose avec lenteur, l'un après l'autre, ses pas sur la cellulose tendre, d'un blanc cassé presqu'ivoire.
Bientôt, elle s'étend paresseusement en travers du vide et laisse ses pensées s'envoler. Papillons légers, aux antennes fragiles, sensibles. Se posent délicatement, battent l'air de leurs ailes pastels et laissent tomber une poudre fine de couleurs mélangées. Autour de sa chevelure abandonnée, paraissent bientôt des taches multicolores, fluctuant au gré de sa respiration tranquille. Les papillons ornent son front et ses mains, sagement posés, bientôt endormis.
Elle aussi, elle sombre, et ses rêves s'égaient, nuée d'abeilles bourdonnantes qui viennent butiner le pollen coloré qui l'environne. Elle sourit, et les abeilles s'en vont au loin, transportant sur leurs pattes le miel de sa conscience, l'essence de son être offert au monde. Dans son sommeil, la petite fée irradie et lorsqu'elle se lève, le peu de ses pensées qui était resté autour d'elle s'est incrusté dans le papier en cuisant. Elle laisse ainsi en s'envolant une ombre légère sur la surface blanche qui dessine le contour délicat de son corps subtil.
Elle s'étonne encore de l'alchimie étrange qu'a produit sur elle cet endroit étrange. Jamais elle n'avait autant livré d'elle-même et jamais elle n'avait laissé une telle trace... Elle reste perplexe devant la magie diffuse de cette feuille vierge, qui a ouvert son coeur comme nulle autre. Elle soupçonne là une influence végétale, mais cette intuition lui paraît absurde, car quel rapport entre un chêne et cette surface blanche et fine ? Pourtant, la sensation de communion est proche, quoique différente, surtout dans son résultat.
Mais c'est une petite fée, et son esprit volage a vite fait de se détourner de ces questions trop profondes pour elle. Elle s'en va rejoindre l'ombrage frais des larges feuilles d'été par-delà la fenêtre ouverte, ne laissant derrière elle qu'un parfum léger et comme une ombre qu'aurait fait un crayon gris léger sur une page blanche...
Disperser des rimes à tout vent
Pêcher des métaphores d'océan
Et des vers de rivière
Bîner des phrases avec entrain
Pour éliminer les pousses de fautes
Arranger avec soin les formules
Dans des vases de grammaire
Recueillir avec délicatesse
L'inspiration du matin
Pour en extraire lentement
Le suc le plus délicat
Première pression à froid
De poèmes de l'année
Bienvenue dans le jardin
Des écrivains lutins
Ou mutins ?
Malins !
En soutien à la Ligne verte mise en place par l'association Tchendukua pour la survie (entre autres) des Indiens Kogi. Pour en savoir plus, rendez-vous sur www.tchendukua.com
Sentiment intense et poignant d'une chute irréparable, d'un abîme insondable qui s'ouvre brusquement sous ses pieds, sous ses sourires et engloutit le tout en une noirceur palpable.
Souffrance embaumée, placée avec délicatesse dans un écrin de nuit. Elle a touché le fond et rebondit sans hâte, laissant un sillage nacré dans la substance pâteuse de son désespoir. Son cri immobile s'enfle en une rondeur irisée qui l'absorbe et la confine.
Néant vide, intense, plénitude de l'absence.
Elle n'est plus.
à la saveur de noisette
flamboyants de couleurs d'érable
ors, rouges, orangés hésitants
à cheval entre deux mondes
des mots de poèmes
entre chansons d'été et contes d'hiver
Je veux des mots en ballade
joueurs, rieurs, insouciants,
et soudain graves des frimas s'annonçants
des mots à peine givrés
que le soleil tendrement réconforte
Je veux des mots subtils
pour s'infiltrer dans les âmes
et réchauffer leurs tréfonds
face à l'arrivée de la nuit et du froid
Je veux des mots de veillées
qui pétillent et craquent comme le bois
qui embaument comme l'orange et la girofle
des mots d'automne
pour toi