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Je suis très heureuse de mon passage par Vox, mais je vous informe qu'à compter d'aujourd'hui, vous trouverez mes écrits sur Isalisëa. J'arrête ma double publication pour des raisons de référencement... Ce qui ne m'empêchera pas de continuer à venir vous lire et participer à la vie de la communauté Vox ! La seule chose qui change, c'est l'adresse où je poste la suite...
Il faut que je vous dise : la Passeuse est autant une bénédiction, pour la créativité à laquelle elle m'a reconnecté, q'une malédiction, pour la frustration dans laquelle elle me plonge ! Car je suis si bien branchée sur le merveilleux qu'elle canalise que tout ce qui m'en éloigne me vrille les nerfs... Sauf mes hommes bien sûr. Mais pour le reste, balais, aspirateur, lave-vaisselle, boulot, il faut vraiment que je prenne sur moi pour continuer à faire tourner la boutique.
Car je pourrais (ce qui n'a pas été le cas, honnêtement, depuis mon accident de voiture il y a 11 ans) passer mes journées à travailler, à écrire, et je rêverais d'être payée pour. Et il n'y a pas que ça : j'ai retrouvé mon appétit, ma boulimie même, pour la lecture. Et avec tous les livres que j'ai accumulé ces dernières années, le simple fait de circuler dans la maison me fait vibrer.
Et pour le coup, et c'est sans doute ça la vraie nouveauté, il ne s'agit plus de se plonger, de se perdre, dans des romans, ce que j'ai fait longtemps, et même si je n'ai pas perdu mon goût pour ça, mais de me nourrir d'essais, de réflexions, de livres de référence, pour dans un sens mieux appréhender la symbolique que me suggère la passeuse, et dans l'autre instiller des perles de sens pêchées dans les livres au sein des mots qu'elle me susurre.
J'ai pris un sacré retard sur mon stock, les thèmes sont nombreux et variés, et faire un choix va être difficile (je songe sérieusement à garder une pièce pour faire du pile ou face) : civilisation et mythologie celtes ; histoire des religions, anthropologie ; histoire des sciences ; botanique, phytotherapie ; symbolisme ; histoire de l'écriture, du livre, oralité, hypertextualité ; développement durable, écologie, écoconstruction ; médecines douces ; et je dois en oublier... Je dis "va être" , parce que pour l'instant, je finis de lire un ouvrage que l'on m'a offert.
J'attends d'avoir terminé ma lecture pour vous en parler, mais il est
en train de révolutionner ma façon de voir le monde (c'est d'ailleurs
son but).
J'ai en somme une soif de connaissance, une envie d'apprendre, de découvrir, aussi forte que celle de créer. Sans doute parce que l'un ne va pas sans l'autre et qu'il convient de nourrir la créativité d'autre chose que des souvenirs. Et pas que de savoir livresque d'ailleurs, et ce qu'il manque à mon tableau pour former le trio de mes désirs, c'est la marche, l'arpentage de sentiers, de forêts, la rencontre des arbres, l'aventure dans la nature. Soif d'écrire, de lire et de me perdre dans la forêt. Voilà ce qui me fait vibrer.
Où est donc le mécène qui me permettra de m'y consacrer ? Demain, c'est ma fête, c'est le moment de se montrer... Parce que pour l'instant, le temps me manque cruellement, et c'est bien la seule chose qui me manque. Car en ces temps hivernaux où d'ordinaire je suis en panne d'énergie, faute de lumière, je me sens vibrer dès que je suis dehors, ou derrière un clavier, ou une plume ou un livre à la main. Pas de déprime, pas de coup de pompe, ou alors c'est vraiment cohérent avec les horaires de sommeil... Et je commence d'ailleurs à me demander si notre séjour à Chartres n'y est pas pour quelque chose... Toujours est-il que je suis bien frustrée que toute cette belle énergie ne trouve pas à mieux s'employer...
Un éclat de soleil lui arrache une larme. La sueur coule, lui pique les yeux. Ses muscles crient leur fatigue, ses pieds échauffés lui arrachent une grimace de douleur. Pourtant, elle ne peut s'arrêter, pas maintenant. Il serait trop bête d'avoir tant souffert pour s'arrêter si près du but. Son esprit déterminé encourage son corps éprouvé. Elle sait qu'il faut continuer, quoi qu'il arrive, avancer même de façon infime, tant qu'elle avance. Le fait même qu'elle ait considérablement ralenti son allure est le signe qu'elle s'approche de la fin.
Elle fait encore un pas, puis un autre. Tout autour d'elle a perdu couleur, substance, odeur, consistance. Elle chemine dans un néant traversé seulement par le fil de feu sur lequel ses pieds se sont engagés il y a longtemps. Le temps lui-même s'effiloche peu à peu. Elle lève son pied, encore. Lentement, mais sûrement. Puis le repose. Le pas suivant, impossible de lever, alors elle pousse juste son pied en avant, et puis l'autre. Elle ne marche plus, elle glisse, au ralenti. Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus que la volonté. Elle n'avance plus, elle ne peux plus bouger, mais son esprit désire encore avancer, malgré tout.
Alors son corps reste en arrière, coquille inutile, et son âme, enfin libre, s'élance dans le fil, dans le feu, au cœur de l'abstraction même de la progression. Dans un élan infini, elle s'en va rejoindre l'origine de l'appel impérieux qui l'a tirée de son quotidien.
1 - Jusqu'à quel âge as-tu cru au père Noël ?
Eh bien, je ne me souviens pas y avoir jamais cru ! Je jouais le jeu, comme ma sœur, parce que le personnage faisait partie du folklore, en mettant mes chaussons sous le sapin, mais je n'ai jamais imaginé qu'il achetait vraiment les cadeaux et venait les mettre sous le sapin. Je ne crois pas d'ailleurs que les adultes ait jamais cherché à nous le faire croire .
D'ailleurs, mon fils, qui a maintenant deux ans et demi, nous a bien fait sourire l'autre soir. Pour le calmer, son père lui demande d'approcher pour lui dire un secret à l'oreille, qui était en substance : " Tu sais, bientôt le Père Noël va venir apporter les cadeaux ", puis lui demande de venir me le répéter. Et voilà ce que mon fils me glisse à l'oreille, d'un air entendu : " Bientôt Maman va acheter les cadeaux " ! Et pourtant, je vous jure que jamais on n'a laissé entendre que tel était le cas ! Mais on n'a pas dû paraître très convaincus en parlant du Père Noël, et puis, c'est logique quand même : pour son anniversaire, c'est la famille qui achète les cadeaux, alors pourquoi ce serait différent cette fois... Il est logique, mon petit Lutin ! Ce qui ne l'empêche pas d'apprécier le Père Noël pour ce qu'il représente : une figure symbolique.
2 - Comment as-tu découvert la supercherie ?
Comme il n'y a jamais eu de supercherie, ce sont surtout les cadeaux que je cherchais à découvrir ! J'y suis arrivée quelques fois, je n'ai pas ouvert, bien sûr, mais l'observation de la forme, le bruit que ça faisait, me donnait des indications... et je remettais tout bien à sa place...
3 - Comment as-tu réagi quand tu l'as su ?
Il a surtout fallu que je tienne ma langue pour que les autres ne le sachent pas. Et il faudra que je demande aussi à mon lutin de faire semblant d'y croire, ce qui devrait beaucoup l'amuser, je pense.
4 - Aurais-tu aimé qu'il existe en vrai ?
Oui, sans doute. C'est une belle légende. Et puis, j'aurais été curieuse de voir comment il aurait résolu ses problèmes logistiques !
5 - Lui as-tu déjà écrit une lettre dans ton enfance?
Je ne m'en souviens pas, mais c'est possible.
6 - Quel est le cadeau le plus chouette que tu aies reçu?
Difficile question... Mes deux vélos, je pense. Le rouge puis le rose. Mais je ne me souviens pas bien des cadeaux que j'ai eu ni de mes réactions. J'ai bien plus de souvenirs en fait de la décoration de la maison, du sapin et de la crèche, et aussi des petits gâteaux et des clémentines qu'on disposait dans la maison...
7 - C'était de la part de qui ?
Mes parents.
8 - Et le cadeau le plus nul ?
Alors là, aucune idée... c'est une question encore plus dure. Je n'ai pas de souvenirs de déception marquante.
9 - Qui te l'avait offert ?
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10 - Aimes-tu recevoir des chocolats ?
Seulement s'ils sont de qualité, et pas trop gras (je ne suis pas fan des chocolats belges par exemple).
11 - Que symbolise Noël pour toi ?
Le moment de l'année où la lumière va commencer à reprendre le pas sur l'obscurité (juste après le Solstice d'hiver). Pour moi, c'est avant tout une fête de la lumière, en lien avec la sainte Lucie, le 13 décembre.
12 - Cette année qu'aimerais-tu recevoir ?
Dans l'absolu : Une maison pour moi et ma famille. Parce qu'on manque de place et aussi parce qu'avec la certitude d'avoir un toit à nous sur la tête, je pourrais éventuellement envisager de me mettre à mon compte. En réalité : des sous !
13 - Que détesterais-tu qu'on t'offre ?
14 - Avec qui aimerais-tu partager la veillée ?
Avec ma famille bien sûr.
15 - Vas-tu la passer avec ceux que tu aimes ?
C'est certain.
16 - Est-ce que tu fais un sapin ?
Pas chez nous, faute de place et de moyens, mais chez mes beau-parents, où nous allons passer Noël, oui.
17 - Ouvres-tu tes cadeaux le 24 ou le 25 ?
Eh bien, je ne sais pas comment cela va s'organiser cette année, mais pour moi c'est plus logique le 25, surtout si l'on suppose que le Père Noël passe dans la nuit !
18 - Que vas-tu offrir à tes proches pour cette fête ?
Des petites babioles pour les femmes (mère, belle-mère, soeur, belle-soeur), faute de pouvoir faire mieux. Et des livres pour les petits (mon fils, sa cousine et la fille de mon cousin), ainsi qu'une dinette et une petite cabane légère pour mon poussin (ce sera lui le plus gâté !).
19 - Quel est ton meilleur souvenir de Noël ?
Il y en a tellement... Et tous si différents... Je crois que je vais m'abstenir sur cette question, désolée...
20 - Si tu pouvais offrir un cadeau au monde ?
Et maintenant, mes successeurs :
Il y aura Jeff, mon homme, Tuniciel, s100ciel et Chasseresse. En espérant qu'ils joueront le jeu !
Pas de Passeuse aujourd'hui, ou alors peut-être ce soir, nous verrons bien. En revanche, j'aimerais vous faire partager une note écrite en juillet 2005, que j'avais décrite comme une "profession d'identité " et qui est toujours d'actualité :
Car si je suis depuis ma petite enfance fascinée par le feu, c'est bien l'eau qui présente la plus grande affinité avec mon être. Si j'étais un Nephilim, je serai très certainement une Naïade. Et je choisirai de porter le nom d'Eledhloriel. Tout ceci n'a de sens que pour moi, bien sûr, mais peut-être en trouvera-t-il pour vous au fur et à mesure...
J'ai soif de mer, de vagues, d'écume, et surtout du perpétuel bruissement du ressac, de ce bruit qui devient fond sonore, support fluctuant de la rêverie marine. Le ronronnement de l'ordinateur me porte moins, forcément. Le vent aussi me manque, chargé d'embruns ; les aiguilles et les pommes de pin ; les chênes verts en pleine croissance ; la chambre de la citerne, fraîche et blanche ; le sable froid sous les pieds nus à la nuit tombée ; les lucioles dans les buissons, près du mur de l'hôtel ; les puces de mer qui assaillent les mollets en grappes sautillantes ; la maison du banquier et son toit pointu face à la mer ; les dunes, espace intermédiaire et flou ; la source de sainte Anne, qui à mon grand regret n'est plus potable ; l'échine de pierre du dragon en haut de la colline...
Trezaël en un mot me manque. Vent et sable. On ne saurait mieux résumer ce lieu unique, patrimoine inestimable, héritage précieux entre tous. Sauf peut-être la mer. Mais Trezaël n'est pas la mer, c'est le lieu à côté de l'Océan, celui d'où l'on peut approcher la grande étendue. Un havre de paix aux frontières de l'immensité marine. Car la mer n'est pas une résidence, c'est un lieu d'échange, un réceptacle, un interlocuteur non sans danger. Il est bon d'avoir un port d'attache lorsque l'on côtoie la mer, et Trezaël joue ce rôle à merveille.
Mais mon
exil n'est que temporaire, et quand viendra le temps des retrouvailles,
je les savourerai avec d'autant plus de plaisir que la séparation aura
été longue. Sur ces sages paroles, par lesquelles je cherche autant à
me persuader qu'autre chose, je vous laisse, amis.
Une envie de simplicité et de calme guide ses pas vers un petit ruisseau qui s'écoule, l'air de rien, le long d'un vallon oublié, planté d'arbres en rangs serrés et où la lumière ne pénètre qu'à certaines heures du jour. Au cœur de ces heures, elle s'engage dans la pente douce, rejoignant le ruisseau qui devient son guide. Elle progresse lentement, cherchant à déranger le moins possible cet écrin de silence et de fraîcheur, et parvient enfin à proximité du glouglou familier. Elle écarte les branches d'un dernier arbuste qui enjambe le cours d'eau et la voilà.
Mince filet qui sourd de la mousse au fond du vallon, tombant avec un rire clair dans une vasque naturelle, roche creusée par la minuscule chute d'eau et le ruissellement perpétuel. Source insouciante, au chant léger, si loin de la gravité de la source de la rivière. Quelques fleurs graciles l'entourent d'un halo de couleur vives, jaune, rose, bleu, qui ressortent sur le vert sombre de la mousse et le vert tendre de leurs feuilles. On distingue à peine le gris mêlé de noir et de blanc du granit sous la mousse rampante et l'eau miroitante. Pourtant, sa présence est nette, massive. Malgré l'apparent abandon du lieu, la pierre n'est pas d'ici, quelqu'un l'a disposée là il y a fort longtemps, laissant le soin à l'eau d'y faire son trou.
Encore aujourd'hui, il émane d'elle une sensation de déracinement et une douleur sourde. La passeuse s'accroupit à ses côtés, pose tendrement sa main sur sa surface glissante et murmure pour elle des paroles apaisantes. Puis elle vient s'asseoir au-dessus de la source et puise dans la coupe de ses mains jointes un peu d'eau glacée. Elle contemple dans ce lac minuscule le reflet des frondaisons où se mêlent ombre et lumière, puis, saisit d'une intuition soudaine, dérange légèrement le miroir liquide de son souffle. Après une longue inspiration, elle fredonne quelques notes et plonge son regard dans le puit sombre qu'il est devenu avec une légère appréhension. Un courant froid l'enrobe et l'emporte.
Noir. Néant. Oubli.
Lorsqu'elle sort de sa torpeur, les deux pieds dans l'eau glacée, elle trouve dans sa main une longue plume d'un noir bleuté et remercie en silence la présence qui l'a accompagnée et sans doute ramenée. Elle sait que les souvenirs afflueront plus tard, cette nuit peut-être, sous la protection de la lune, et prend le chemin du retour avec une dernière pensée pour la pierre oubliée.
La matinée est déjà bien avancée, elle a pris un peu de retard sur son emploi du temps habituel, mais qu'importe, la rivière sera toujours là demain ! Elle franchit la haie de houx, recueillant au passage une feuille à peine détachée de l'arbuste pour caresser distraitement sa surface douce et luisante, et s'immobilise soudain. Au coin de son œil, un éclair bleu, appel inédit et impérieux.
Elle oublie aussitôt ce qu'elle s'apprêtait à faire et quitte le sentier. Elle grimpe la pente douce de la colline en direction du bosquet de hêtres et s'arrête à mi-chemin. Elle est là, posée comme une évidence dans son écrin d'herbe tendre. Une fleur.
Petite, simple, avec des feuilles oblongues d'un vert sombre et duveteux, six pétales d'un bleu... et un cœur d'un jaune d'or. Son regard est aspiré par l'émotion de ce bleu inouï, son cœur bat à tout rompre, et elle entonne aussitôt son chant familier, pour ne pas sombrer dans l'extase qu'elle pressent. Comme un soleil dans un ciel de printemps bordé d'une végétation épanouie, d'une beauté immense et pure, simplement là.
Peu à peu, elle mêle à son air personnel des notes inspirées de la vibration de ce bleu, et laisse les larmes couler le long de ses joues pour se perdre dans l'herbe fraîche. Unie dans le chant, dans l'émotion et la beauté, la fleur et la femme rayonnent ensemble d'une lumière qui baigne la nature autour d'elles et transfigure l'instant. Tous les êtres aux alentours, touchés par cette aura, sentent leur cœur gonflé d'une émotion soudaine, et les sourires fleurissent.
Sur le lit, son corps repose. Ramené au campement, séché, veillé par un ami cher, il est en sécurité. Son esprit, lui, est encore loin, toujours connecté à la vibration de l'arc-en-ciel. Il n'est pas sûr qu'il revienne jamais.
Elle rêve. Profondément, lentement. Le temps pour elle ne respire plus au même rythme.
Une présence immense, lumineuse. Elle. A ses côtés, une autre, plus dense. Lui. Face à face, conciliabule silencieux et pourtant limpide : curiosité, désir, transgression. De lui, puissance contenue dans la matière, coule une larme. D'elle, beauté simple et majestueuse, émane un chant intense. Deux émotions se rencontrent, onde et corpuscule fusionnent. Entité vibrante d'amour, énergie et matière mêlées. Instant suspendu, l'âme de la passeuse baigne dans l'essence primordiale, transfigurée, sa vibration à l'unisson de celle de l'amour incarné.
Puis l'intense concentration atteint un seuil critique et c'est l'explosion. Sous leur regard émerveillé, temps et espace se déploient. Expérience inédite, résultat fabuleux. Leur attention respectueuse s'étend à la dimension de l'univers naissant, fascinée. Alors tout s'accélère. La passeuse traverse la complexité croissante, des atomes d'hydrogène et d'hélium jusqu'aux étoiles, au Soleil, à la Terre, à la vie, aux mammifères, aux primates, à l'homme, la conscience. Fil ténu d'une vibration qui se fragmente pour mieux ensemencer, puis se concentre à nouveau en une singularité : elle.
A l'image de l'entité première, elle est la vibration incarnée. Ainsi, elle résonne avec l'univers entier. Portée par ce chant qui est le sien autant que celui de la première elle, elle retrouve la conscience de son être, de sa respiration et ouvre les yeux.
L'arc-en-ciel, lumière frappant l'eau, lointain reflet de l'instant premier, l'a menée vers la clef de son unicité. Entière, rayonnante, elle verse une larme de joie et entonne l'air familier, bouclant la boucle. Dans le campement entier, et la forêt au-delà, le monde s'arrête, touché par la grâce des retrouvailles avec un amour familier et pourtant si lointain, le cœur sous le charme d'une émotion immense. Jamais plus qu'aujourd'hui la passeuse n'aura été le trésor de sa tribu, son lien avec l'âme du monde, l'amour primordial.
Le vent pernicieux ne cesse de lui rabattre les cheveux dans la figure et l'humidité ambiante les transforme en mèches collantes. Elle a beau se dégager régulièrement le visage, rien n'y fait, les bourrasques sont d'une constance qui lui fait défaut. Elle finit par lâcher prise et cherche à se concentrer sur le sentier. Car mettre un pied devant l'autre n'est pas chose aisée quand la bruine et le brouillard se conjuguent pour engluer le paysage. En désespoir de cause, elle renonce et s'assied dans l'herbe trempée, épuisée et transie. C'est toujours mieux que de se perdre. Un temps abrutie par la fatigue, elle dépose son sac à ses côtés et observe plus posément l'espace autour d'elle. Faute d'inspiration matérielle pour améliorer sa situation, elle laisse son esprit s'imprégner du nuage dans lequel elle baigne. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : un nuage. Elle n'est plus très loin du col, et à cette altitude, un de ces paresseux marcheur d'azur a dû passer un peu trop bas et rester accroché dans la pente.
Elle entonne un air cent, mille fois répété, familier, intrinsèque, et tandis qu'une part d'elle-même savoure ces retrouvailles, une autre s'enroule autour de l'infiniment différent. Curieuse exploratrice, elle s'étend peu à peu. De la molécule unique autant que multiple au nuage immense et protéiforme en passant par la goutte ronde aux frontières souples et le ruissellement mouvant sur son visage, chaque niveau de complexité lui présente une nouvelle énergie, subtile nuance de la précédente. Ravie de cette découverte, elle danse de l'une à l'autre, goûtant sans cesse de nouvelles variations.
Et la merveille brusquement, se révèle : l'eau résonne, elle chante peu à peu avec elle l'air familier. L'eau l'accueille, reçoit sa vibration avec la joie simple d'un enfant, la tendresse d'une mère, la passion d'une amante, la pudeur d'un père. Tout entière dans une goutte démultipliée à l'infini, elle est l'eau, l'eau est elle. Présente comme jamais et totalement perdue, elle flotte dans une félicité indicible, quand survient le couronnement, qui les frappe de plein fouet : la lumière. La résonance alors s'amplifie de cette énergie nouvelle, étincelante qui d'abord étrangère vient se fondre dans la beauté qui l'attire. A son tour, elle devient elle, se met au diapason de cette vibration de la belle qui repose, en une apogée infinie.
Lorsque ses compagnons la retrouvent enfin, elle est étendue au sein d'une mare translucide. Dans le ciel presque dégagé, un nuage qui s'éloigne a peint un superbe arc-en-ciel, miroir de ses yeux grand ouverts. Son visage est transfiguré, son corps détendu flotte. Elle respire à peine et pourtant la vie en elle brille comme jamais. Elle irradie une félicité qui les laisse un moment interdits, plongés à sa suite dans cet instant de grâce.