Sur le seuil...
Elle hésitait, sur le seuil du sommeil, à revenir au jour et à la vie des éveillés. Elle ne se sentait pas prête à renouer avec l’enchaînement répétitif du quotidien, avec la routine des tâches ménagères, des relations formatées et des trajectoires prévues. Mais la fuite en avant dans l’inconscience bienheureuse du sommeil ne ferait qu’empirer les choses. Elle le savait, et quelque part dans son esprit un réveil sonnait avec insistance. Il ne fallait pas baisser les bras, il fallait chercher le rayon de soleil qui réchauffe, la petite touche de satisfaction qui met du baume au cœur. C’est ce qu’elle se répétait en étirant ses muscles endormis sous la couette.
Cette quête devait guider sa journée, comme un fil rouge, un fil d’Ariane, un fil d’espoir pour ne pas prêter attention outre mesure à la grisaille environnante. Environnement gluant qui ralentit tout : les envies, les audaces, et même jusqu’au simple objectif de faire tourner la boutique comme il faut, de maintenir le nid propre et habitable. Tous ces moments gris qui raccourcissent la journée et qui pourtant paraissent interminables. Les lessives, le repassage, la vaisselle, le ménage, les trajets sous la pluie, le boulot - le boulet serait plus juste -, les courses, les rendez-vous médicaux, la paperasse à traiter, les repas… Que reste-t-il ? Il faudrait bien sûr arriver à transformer ces moments gris en moments agréables, parce que le quotidien peut être bien vécu, ce n’est qu’une question de regard, mais pour cela, il faut trouver ce rayon de soleil, cette satisfaction qui viendra contaminer le reste de la journée. Ne pas se laisser aller surtout. Sinon elle sombrera, et elle a déjà tellement de mal à remonter le matin…