(Sûl) - Eledhloriel - Réflexion
Assise au bord de la falaise, elle se laisse envelopper par le souffle chaud venu des terres. Il l'enrobe d'une main puissante, confortable, la soutient comme un bon fauteuil. Avec un sourire en coin, elle s'adresse à celui qui le lui envoie, murmurant au vent des paroles chuitantes dans la langue de la mer. Des remerciements dans un dialecte qu'elle lui enseigne et qu'il apprend avec la patiente emportée d'un enfant. Mais il est vrai qu'elle ne comprend pas tout non plus des messages qui lui parviennent par les feuilles des arbres. Elle se pique d'être meilleure que lui à ce jeu des langues, mais n'est-ce pas un tantinet présomptueux ?
Quelle importance après tout, ils ont devant eux tout le temps du monde, elle le sent. La déchéance des cellules qui emporte les autres ne les atteindra pas, elle en est certaine. Elle se sent aussi jeune et aussi vieille que la mer, et elle sait que lui se renouvellera au rythme cyclique de la végétation. "Nous sommes inscrits dans ce monde, nous en sommes issus et nous en sommes les gardiens", voilà ce qu'elle lui a dit il n'y a pas si longtemps. Une chose seulement lui paraît peut-être moins certaine, c'est qu'ils en soient issus. C'est d'ailleurs lui qui lui faisait part de ce sentiment d'étrangeté qui le saisissait parfois. Qu'ils soient d'ici et d'ailleurs en même temps, voilà ce qu'elle croyait maintenant. Et aussi qu'ils n'étaient pas seuls dans ce cas.
"Au moins un autre réside ici avec nous, ne serait-ce que parce qu'il y a des forces qui nous échappent."
Voici qui clot sa réflexion face à la mer, alors qu'elle se lève dans un mouvement fluide et salue le souffle qui s'éloigne.